Par Louis Laforce
Lorsqu’il est question de Disney, on peut catégoriser les gens en deux grands clans. D’un côté, il y a ceux qui embrassent la magie du parc et acceptent de faire semblant que tout ce qui est faux (les bâtiments en trompe-l’œil, les rochers en ciment, etc.) est vrai. De l’autre se trouvent des gens plus critiques, qui ne peuvent s’empêcher de voir les ficelles et le marketing, ce qui gâche leur capacité à embarquer dans le jeu. Il n’y a pas de mauvais camp. Les gens qui s’extasient devant du béton sculpté peint pour faire croire que c’est une montagne de terre rouge ne sont pas plus stupides que ceux qui ont perdu leur capacité de s’émerveiller devant une fausse princesse qui fait un câlin à un enfant.
Quoique.

Les passionnés de Disney

On pourrait ensuite subdiviser les gens qui adorent Disney en deux autres grandes catégories : ceux qui n’ont jamais été dans un parc thématique et ceux qui ont vécu cette expérience. Là non plus, il ne s’agit pas de désigner qui est le plus passionné : celui qui a une collection de 1000 Mickey dans son sous-sol n’est pas moins crinqué que celui qui a visité vingt fois Walt Disney World. Mais un fait demeure : pour quelqu’un qui n’est jamais allé dans un parc Disney, il est difficile de réellement comprendre ce dont il retourne. Les DVD promotionnels ne suffisent pas. Il faut avoir vécu l’expérience pour en mesurer toutes les implications. Au retour, on aura beau expliquer notre voyage, détailler nos rencontres, montrer des photos ou des vidéos, rien n’y fera. Les non-initiés partageront notre enthousiasme, seront contents pour nous, mais ils ne saisiront pas totalement à quel point cette expérience change une vie.

Un voyage qui marque une vie à jamais

Aller à Disney, c’est souvent réaliser un rêve de longue date. C’est dispendieux, fatiguant, mais grisant. C’est un projet qu’on mijote et planifie en famille – c’est même une grande partie du plaisir! Car si vous planifiez, par exemple, un séjour dans un « tout compris » à Cuba, une fois le voyage bouclé, il n’y a plus rien à faire qu’attendre la date de votre envol. Mais lors d’un voyage à Walt Disney World, il faut rêver longtemps et beaucoup : choisir un hôtel, réserver des restaurants, planifier quelles attractions privilégier, visualiser le temps de marche entre tel et tel endroit pour maximiser ses Fastpass+, prévoir ses rencontres avec des personnages, etc.
Une fois sur place, la magie commence. On oublie instantanément nos problèmes financiers, nos conflits au travail, tout. C’est plus fort que nous. Dès qu’on met le pied à Disney, on entre dans une bulle hors du temps. Les parcs ont été conçus dans ce but : nous garder captifs, du matin au soir, dans un environnement hyper stimulant sur les plans visuels, auditif et olfactif. On y mange, on s’y amuse, on s’y divertit, on rit, on crie, on se remet de la crème solaire et ça se poursuit en après-midi! Le soir venu, place aux spectacles, feux d’artifice et montagnes russes qui prennent une autre dimension à la tombée de la nuit. Pour la plupart d’entre nous, la journée se termine dans un hôtel Disney, à bord d’un bus Disney. Immersion totale. Et le lendemain? Ça recommence!

Le burn-out

Après sept ou dix jours aussi intensifs, deux dangers guettent les fans de Disney. D’abord, le risque d’être brûlés physiquement et psychologiquement. Les journées sont longues, le soleil peut faire des ravages et il faut marcher beaucoup. (Et les enfants pourraient être écœurés de manger du Mac&Cheese.) Mais le plus grand danger, c’est celui qui nous guette au retour de vacances. Lorsqu’on retourne dans la « vraie vie ». Cette vie ennuyante et routinière qu’on avait avant de faire ce voyage fantastique. Du jour au lendemain, il faut recommencer à cuisiner, préparer des lunchs et puis, les collations des enfants ne sont plus préemballées. Quelle misère! Ensuite, magasiner n’est plus aussi gratifiant qu’à Disney Springs et plus personne n’est là, en coulisse, pour vider nos poubelles et faire notre lit dès qu’on a le dos tourné. Le retour à la réalité, c’est dur, il ne faut pas le sous-estimer. Alors on ressasse nos souvenirs, on regarde nos photos de voyage, mais le choc perdure. On ressent un manque, un vide. C’est le blues de Disney. Et il n’y a qu’un moyen de le combattre: cesser de ruminer le passé. Ce voyage est terminé! Pourquoi ne pas en planifier un autre? Chose certaine, il faut recommencer à rêver! À la base, c’est ça, Disney.

Louis Laforce est également auteur de romans jeunesse, dont la série « Arthur et Zeïa ». http://fr.wikipedia.org/wiki/Arthur_et_Ze%C3%AFa